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Pan ! sur les profs !

mardi, juin 1st, 2010

Article du NO, rubrique Notre époque

Surtitre : Résistances
Titre : Et si les profs étaient conservateurs ?
Chapeau : La réforme du lycée, même a minima, recueille les critiques des enseignants

Les profs ? Tous des vieux croûtons, des fossiles, des machins accrochés à leurs nombreux privilèges, qui refusent tout changement, se fichent de l’intérêt de leurs élèves, ne voient que le leur… Bien payés à rester tranquillement assis à leur bureau pendant 15 ou 18 heures par semaine (sans compter les nombreuses vacances !), ils aboient dès qu’on veut leur retirer un morceau de leur os.

(Est-ce que la nouvelle épreuve « Agir en fonctionnaire » leur apprendra à – enfin ! – obéir aux ordres sans discuter ? Voir le blog TZR et, pour plus de précisions, le document officiel.)

Oui, tous des vilains ! On comprend mieux pourquoi on en supprime à la pelle depuis quelques années, que des dizaines de milliers de postes sont tout simplement effacés de la carte.

« La défense des disciplines et le programme à boucler restent leur dogme. Sortir de ce sacro-saint cadre semble trop risqué. (…) Peu importe que les élèves croulent sous des emplois du temps surchargés. Peu importe que certains aient besoin de soutien. » dit l’article…

Euh… que je sache, les impératifs de programmes sont fixés par le ministère, et non par les profs ! Que ces programmes soient trop denses pour être appliqués ne relève pas de la responsabilité des profs qui doivent, eux, coûte que coûte, « boucler » leur programme ! J’imagine le tollé si on ébruitait le fait que, ben non, les programmes ne sont pas toujours bouclés, faute de temps ; que tels et tels profs ont « préféré » être sûrs que leurs élèves avaient compris telle partie du programme avant d’aborder la suivante… et que, du coup, lesdits élèves seraient désavantagés aux examens… Quand je vois que, ces dernières années, au modeste Brevet des Collèges, on a pris soin de poser des questions sur des notions vues en 5ème… il a bien fallu, en plus du programme de 3ème, revoir ces notions oubliées…

Quant au soutien…

Soyons clairs : je ne nie pas que les lycéens aient besoin de soutien. Je me réjouirais même de voir qu’on leur prévoit un « enseignement » sur la méthodologie…

… laquelle méthodologie fut au « programme » de 6ème pendant 2 ou 3 ans avant d’être supprimée… Je l’ai « enseignée » (je mets des guillemets, car il ne s’agit pas d’un enseignement comme les autres, mais d’une réflexion sur les « comment faire » : comment apprendre une leçon, faire un exercice, organiser son travail, avoir ses affaires, et toutes ces sortes de choses). Personnellement, j’ai trouvé très utile cette heure hebdomadaire, qui permettait aussi aux enfants de discuter entre eux des façons de faire ; il me semble que les élèves ayant suivi cet enseignement, le peu de temps qu’il a duré, s’en tiraient mieux, non seulement en 6ème, mais les années suivantes. Attendre la seconde pour cela me semble un tout petit peu tardif…

… et, vu les mots d’ordre de non-redoublement, vu qu’un collège est « noté » (et donc son équipe dirigeante et ses profs, par la même occasion) en fonction de son taux de passage en seconde… vu qu’en cas de « résistance » d’un conseil de classe ou d’un chef d’établissement, la commission d’appel tranchera, le plus souvent, pour le passage en seconde d’un élève ayant 8 de moyenne en 3ème… je veux bien croire que de plus en plus de lycéens ont besoin de « soutien » : ils auraient surtout eu besoin qu’on s’occupe de leur cas au collège, au lieu de les envoyer en seconde !

Quant au tutorat… il faut avoir sérieusement oublié ce qu’est un lycée pour imaginer qu’un « enseignant référent » suive le lycéen de la seconde à la terminale : les gens qui ont eu cette idée géniale ont-ils une idée du nombre d’élèves dans un lycée ? Pensent-ils réellement que chacun puisse trouver un « tuteur » ? Cela ferait combien d’élèves par « tuteur » ? Et vu la complexité des horaires en lycée, l’occupation constante des salles, où et quand pourraient se retrouver « tuteur » et « tutoré » ?

L’idée est intéressante et généreuse… mais ne tient pas compte de la réalité ! Au collège, nous avons eu aussi des élèves « tutorés » : quelques élèves présentant des difficultés particulières, pas tous les élèves !

Je ne dirai rien des « stages » de remise à niveau… hors du temps scolaire, donc travail supplémentaire pour les profs…

Ben oui, ils râlent toujours, les profs… En 40 ans, j’en ai vu passer quelques-unes, des réformes… Si un jour j’en ai le courage, je vous ferai un petit bilan… En tous cas, chaque réforme s’est traduite par un surcroît de travail pour les profs… gratuit, bien évidemment !

Dès qu’un prof entend parler d’une réforme, il s’inquiète de ce qu’on va exiger de lui en plus de son travail « normal »… On a beau lui dire « mais non, mais non, c’est juste un peu différent », il sait bien, lui, que cette « différence » se traduit par une addition…

Conservateurs, les profs ? Ben… ils aimeraient bien, à défaut de voir leurs salaires augmenter décemment, ne pas se retrouver, à chaque réforme chargés d’un peu plus de travail…

Même les ânes refusent qu’on leur ajoute sans arrêt une charge à porter…

Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ?

samedi, juin 27th, 2009

Jeudi matin, quand chaque élève de 5ème a eu dit « une chose qu’il avait apprise cette année » (dans les heures de Français, évidemment !), une élève a posé cette question :

« Et nous, qu’est-ce qu’on vous a appris ? »

Ce n’est pas la réciproque de ma question, vous l’avez sans doute remarqué : je n’avais pas demandé « qu’est-ce que JE vous ai appris ? »…

J’ai bredouillé je ne sais quoi, sans doute qu’il était l’heure de ranger la salle… ou bien les autres élèves ont couvert ma voix… Toujours est-il que je n’ai PAS répondu… à cette très pertinente question !

Qu’est-ce qu’ils m’ont appris, mes élèves ?

Hors de question de détailler, évidemment : j’en serais tout à fait incapable !

Mais : oui, c’est évident, mes élèves m’ont beaucoup appris !

Et tout d’abord qu’ils avaient, comme moi, leur famille, leurs amis, leurs soucis, leurs rêves, leurs jeux, leurs ennuis… et même leurs moments de paresse, de vague à l’âme, d’envie de dormir, de s’amuser…

Et donc, qu’ils étaient tous différents, même si je pouvais faire des regroupements par « niveaux » ou quoi que ce soit d’autre. Qu’aucune « étiquette » ne pouvait en résumer un seul.

Que donc, chacun attendait de moi quelque chose, qui n’était pas forcément exactement la même chose que le voisin…

Au fil des ans, ils m’ont appris à comprendre les « blocages » qui pouvaient survenir… et à les aider (pas les blocages : les élèves !).

Ils m’ont appris (oh combien !) la patience…

Ils m’ont appris, par leurs réflexions, leurs résultats, à peaufiner mes cours… et mes contrôles !

Ils m’ont appris à les aborder chaque jour d’un oeil « neuf », débarrassé des problèmes qui avaient pu surgir la veille (sauf quand il y avait besoin de revenir sur ces problèmes !).

Ils m’ont appris à ne pas leur tenir rancune, que ce soit pour leur comportement, pour leurs silences, leurs bavardages… ou leurs mauvais résultats.

Ils m’ont appris à écouter, vraiment, ce qu’ils avaient à me dire, sur leur histoire personnelle ou sur leurs apprentissages.

Ils m’ont appris à « tenir mes distances »… et en même temps, à prendre en compte leur demande de « complicité » (en tout bien tout honneur, cela va sans dire !).

Ils m’ont appris…

Ils m’ont appris tant de choses !

Ils m’ont appris à être prof… et, finalement… à être moi…

A tous mes élèves, ceux de cette année comme ceux de la lointaine année 1969-70, et à tous ceux que j’ai croisés entre ces deux années frontières :

MERCI !

Quelques fleurs…

vendredi, juin 5th, 2009

C’est bientôt mon anniversaire, alors permettez-moi de me jeter quelques fleurs…

J’espère que vous ne tenez pas ce blog pour la Vérité Pédagogique descendue sur Terre, et que vous ne me prenez pas pour SuperProf… Des erreurs, j’en ai commis, et j’en commets encore… comme, je pense, tous ceux qui travaillent sur/avec « la matière humaine »…

(Je ne regarde pas la télé… mais je lis les commentaires dans mon magazine. Dans celui évoquant le documentaire « Déni de grossesse », la journaliste évoque cette jeune femme entrée un jour à l’hôpital à cause de violentes douleurs : deux médecins diagnostiquent des coliques néphrétiques… mais c’est le 3ème qui a raison : la « colique néphrétique » est une petite fille d’aujourd’hui 5 ans… Remarquez, dans ma famille, il y a un « fibrome » qui doit avoir dépassé les 50 ans…)

Donc, même si j’essaie, le plus souvent, de « faire pour le mieux », conformément à ce que je pense, je ne suis pas pour autant sûre de le faire… Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne jamais oublier que j’ai des personnes en face de moi. Mais je n’ai évidemment aucune prise sur ce que ressentent les élèves…

Parfois, je vois bien que « le courant passe », et j’en suis heureuse : avec cette classe-là, je peux aller plus loin, leur demander des choses plus difficiles. Parfois, le courant ne passe pas, et je bataille toute l’année pour réveiller une classe endormie. Enfin, il arrive aussi que la classe me soit sourdement hostile… C’est le plus dur. Après avoir tenté toutes les manières d’entrer en dialogue, d’éclaircir les éventuels malentendus, il me faut conduire cette classe et ses récalcitrants vers les objectifs fixés, malgré la mauvaise volonté évidente…

C’est dans une classe de ce genre qu’était « Carole » (ce n’est pas son prénom), qui m’a écrit en octobre, via Copains d’avant.

Une classe que j’avais presque oubliée… parce que je préfère en général évacuer les mauvais souvenirs. Et c’en était un !

Je n’ai plus en tête la composition exacte de la classe, mais je sais qu’une bonne partie des élèves venaient de la même 4ème, avec laquelle j’avais monté une série de sketches (écrits par les élèves) sur le thème de la médecine. Une 4ème qui « marchait bien », donc, vu le temps et l’énergie que demande ce genre de projet. J’étais évidemment heureuse de les retrouver en 3ème… mais ai vite déchanté : le courant ne passait plus avec mes « anciens » (et plus particulièrement quelques « anciennes », qui utilisèrent surtout leurs capacités à « faire du mauvais esprit », comme on dit…), et je ne réussis pas non plus l’accroche avec les nouveaux… Tous les profs – sauf un – rencontraient les mêmes difficultés que moi… mais les petit(e)s futé(e)s arguaient que, justement, si ça marchait bien avec tel prof, ça prouvait que ce n’étaient pas les élèves qui étaient en cause…

Et donc, voici qu’en octobre surgit de ce passé « presque oublié » d’il y a une douzaine d’années, Carole. Qui m’écrit alors :

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi : vous avez été ma professeur il y a quelques années à []. Il me semble que j’aie été suffisamment détestable pour que ce soit le cas…!

Moi, je fais partie de ceux que vous avez marqué. Oui, par vos tenues, et par votre personnalité. Par votre différence avec certains autres profs, dont on ne sentait pas de réel engagement avec nous, dans cette classe, avec K J, G L, N D, …. que j’imagine, on a dû qualifier de difficile, peut-être… A cette époque, je vous l’avoue, je ne vous aimais pas. Mais, je m’en suis rendue compte plus tard, c’est car je me le refusais… car je n’arrivais pas à vous faire face. J’adorais le français, mais j’adorais encore plus mes copains, et je ne me donnais pas les moyens de réussir. Disons que je préférais ne rien faire, plutôt que risquer de me planter…. Et j’avais la sensation que malgré tout, vous croyiez en nous, et que l’on vous décevait.

J’ai reçu un certain nombre de messages d’anciens élèves, à cette époque. Mais j’ose avouer que c’est celui qui m’a le plus touchée. J’avais tellement eu l’impression d’un échec, avec cette classe (même si la plus grande partie avait « scolairement » assuré le minimum), que j’étais – que je suis encore – sous le choc : malgré tout, j’avais quand même réussi à faire passer quelque chose…

Dans un courriel plus récent, Carole me lance à nouveau quelques fleurs :

Je pourrais résumer en disant que, par définition, l’homme a tendance à être un peu con entre 12 et 18 ans, que le rôle des enseignants (entre autres) est le tirer de là le plus vite possible, et que beaucoup ne le tentent pas. Vous, si. Et ceux qui sont passés dans votre classe se sont certainement dit, à un moment où à un autre, « Je compte, je suis quelqu’un ». C’est important.

Je n’oserais espérer que Carole a raison dans ces deux dernières phrases.

Mais, de tout cœur, je le souhaite…

Merci, « Carole » !

Débattons… du débat

vendredi, mai 29th, 2009

Eh bien, c’est un vrai débat, qui s’engage sur… les débats !

Est-il besoin de rappeler que mon vécu de prof n’est en rien un « modèle », et que, s’il me correspond, il ne correspond pas forcément à d’autres profs ?

Laura évoque l’enseignement dans l’antiquité grecque… mais ma formation est toute autre ! J’ai été formée, comme je l’ai dit au début de ce blog, par une conception « humaine » de l’enfant (l’enfant est une personne), par mai 68 (que je ne rejette absolument pas !) et par une MJC qui avait pour objectif l’éducation populaire, et ouvrait même son conseil d’administration à des ados.

Ma conception de l’enseignement découle de cette formation particulière. J’ai, certes, une « matière » à enseigner. Mais cette « matière » consiste surtout à développer la réflexion des élèves, que ce soit à partir d’un texte, d’une fonction grammaticale ou d’une règle d’orthographe. Et pour qu’ils puissent réfléchir… il faut bien leur donner la parole ! Si je suis seule à parler, il y a fort à parier que 25 élèves au moins vont perdre le fil… et avoir tout oublié à la fin de l’heure !

Ceci dit, pour en revenir aux « débats », je ne pense pas en avoir jamais organisé avant la 4ème, et ils « collent » particulièrement avec le programme de 3ème, où l’on travaille l’argumentation (je sais, maintenant, on doit parler du « discours argumentatif » dès la 6ème… mais… je trouve que c’est « un peu » tôt…). Et, bien sûr, cela exige certaines « qualités » de la part de la classe : si les élèves forment des « clans » étanches, s’ils ne s’écoutent pas, s’ils dénigrent systématiquement tel ou telle dès qu’il (elle) ouvre la bouche… inutile de tenter le débat !

Enfin, le but du débat n’est pas que l’élève ressorte avec une idée claire, toute faite, sur un sujet ; il est que l’élève apprenne à exprimer une opinion, à l’argumenter, à écouter l’opinion des autres, leurs arguments, à y répondre éventuellement. Ils en ressortiront avec les mêmes idées qu’en y entrant ? Peut-être… mais ils auront entendu d’autres avis, d’autres arguments, qui leur auront donné à réfléchir. Parfois, ils auront aussi entendu le vécu de certains camarades : je pense entre autres à cette classe de 3ème où nous avons beaucoup débattu, et où les élèves s’impliquaient au point de mettre en avant leur propre expérience (pas de la peine de mort, bien sûr !), sans craindre le regard critique de leurs camarades (ni le mien !).

Par ailleurs, j’ai déjà parlé des « bilans de fin de trimestre », que j’organise systématiquement dans toutes les classes… en fin de trimestre (!). Là aussi, les tables sont en carré, et tout le monde peut prendre la parole. Ce n’est pas vraiment un débat, bien que les opinions s’affrontent parfois, mais une possibilité d’échange sur ce qui a été fait dans le trimestre, et sur ce qu’on pourrait faire au trimestre suivant. C’est le moment où certains osent dire qu’ils n’ont pas compris telle ou telle chose, que c’était trop difficile… Bien sûr, il aurait mieux valu qu’ils le disent au bon moment… mais je trouve important qu’ils le disent « trop tard » au lieu de se taire : peut-être cette parole leur donnera-t-elle le « courage », par la suite, de demander des explications ?

Mais, encore une fois, c’est mon mode de fonctionnement… Et, de même qu’on ne se moque pas d’un enfant qui trébuche, tombe, quand il apprend à marcher, je ne vois pas pourquoi on tiendrait pour négligeables les efforts que fait l’enfant, ou l’ado, pour apprendre à réfléchir… Il dit des bêtises ? Sans doute, de notre point de vue d’adulte. Mais… c’est normal, il apprend

Brrbrrrbrrrr…

mardi, mai 26th, 2009

Non, non, ce n’est pas du tout que je grelotte ! D’accord, il fait nettement moins chaud qu’hier et avant-hier, mais pas de quoi grelotter !

Non, j’essayais simplement d’imiter les remarquables bruits de bouche produits par certains de mes 3èmes… Je les en ai félicités, d’ailleurs, en leur disant que justement, ce week-end, j’avais vu un bébé de 5 mois qui faisait la même chose… J’ai un peu triché, c’est vrai : Marius ne sait pas encore faire ces jolis bruits… mais il va savoir bientôt ! Et voir de grands gaillards de 15-16 ans s’exercer à faire ce que réussit très bien un bébé de 5 ou 6 mois, c’est impressionnant !

Bon. Ce n’était pas une journée faste. Et ça s’est mal terminé avec les 3èmes. J’avais pourtant réussi à ce que le zozo de service se tienne à peu près tranquille pendant le contrôle de lecture sur Zadig. Je lui ai suggéré de regarder la feuille, que nous avions vu plusieurs éléments la semaine dernière et qu’il pouvait répondre… Il a préféré dessiner, sans (trop) faire de bruit…

Correction du contrôle : beaucoup d’élèves donnent les bonnes réponses. Bien ! Si j’ai beaucoup de bonnes notes à mettre, ça me remontera le moral !

Car il est dans les chaussettes, le moral ! J’ai voulu lire avec eux le chapitre 12, assez difficile puisque comportant une discussion philosophico-religieuse… Au bout de 5 ou 6 phrases, j’ai interrompu ma lecture… qui était justement interrompue tous les 10 ou 15 mots par une réflexion à haute voix du zozo, ou de sa voisine zozote. Après quoi, s’en est mêlée la voisine zozote de la voisine zozote, j’ai ressenti une immense fatigue, je me suis assise au bureau et leur ai dit de continuer sans moi…

Zozo et zozotes ont continué leurs jeux, et c’est alors qu’un peu plus loin, un autre zozo a commencé ces jolis bruits de bouche, bientôt imité par 2, 3, 4 autres zozos…

C’est vrai, plusieurs élèves continuaient cependant à lire, et j’aurais dû en tenir compte…

Non seulement je ne l’ai pas fait, mais à la fin de l’heure, j’ai appelé les 2 déléguées pour leur dire que, dans ces conditions, je ne voyais pas bien l’utilité de leur « faire cours » : je leur distribuerai le cours, et ils se débrouilleront avec, s’ils le veulent ! L’une a protesté que « certains élèves voulaient travailler »…

Le problème, c’est que je ne les vois ni ne les entends, ces « élèves qui veulent travailler » ! Depuis le retour des vacances de printemps, j’ai une classe au mieux amorphe, au pire qui discute comme si je n’étais pas là… Si je pose une question, on me demande 3 ou 4 fois de la répéter… parce qu’on ne l’a pas entendue (conversation des voisins), pas écoutée (on pense à autre chose), pas comprise (on s’est dit que quelqu’un d’autre allait répondre, inutile de réfléchir, ça fatigue)… et qu’on l’a oubliée, à force d’inertie mentale…

Je vais donc, moi aussi, appuyer sur la touche « pause ». On verra si une amorce de réaction s’ébauche…

Qui a dit que c’était facile et reposant, le métier de prof ???

Lourdes bourdes…

samedi, mai 16th, 2009

Permettez-moi de répondre à nouveau aux questions que se pose une future prof (voir récents commentaires).

Des bourdes, c’est sûr, on en fait tous, on en a tous fait ! De toutes sortes ! Et l’âge, l’expérience n’en prémunissent même pas ! Un instant de distraction, et toc ! on dit juste ce qu’il ne fallait pas dire ! Aucun souvenir précis ne me remonte à la mémoire à l’instant, mais je sais que j’en ai fait, de ces grosses bourdes…

J’ai déjà parlé de la nécessité de « séparer » la personne de son rôle. Un des nombreux avantages est que la « personne » peut tenter de rattraper la bourde qu’a faite le prof. Si, par exemple, je menace un élève : « Je vais mettre un mot sur ton carnet : il va être content, ton père ! » et qu’il me répond : « Il s’en fout, il est mort ! »… c’est ce que j’appelle une grosse bourde… Il me reste à voir l’élève à la fin de l’heure, à m’excuser de mon propos mal venu, en lui expliquant que je me suis énervée à cause de son comportement. Il faut que j’essaie de « rétablir le contact » que j’ai rompu par ma phrase pour le moins maladroite, et que je m’assure qu’il a compris, que nous sommes, en quelque sorte « réconciliés ».

La bourde « de connaissances » est, à mes yeux, moins grave que la bourde « de psychologie », et beaucoup plus facile à gérer… à condition qu’on ne se pose pas d’emblée comme « maître incontestable du savoir », mais qu’on accepte l’idée que nul n’est infaillible… pas même le prof ! Il m’est arrivé de me faire reprendre par un élève parce que j’avais commis une erreur d’analyse (voire même d’orthographe !) : j’ai assuré l’élève qu’il avait tout à fait raison, que je m’étais trompée, assortissant éventuellement ma phrase d’une pirouette « humoristique ». Si j’ai un doute sur un mot, je demande à un élève de regarder dans le dictionnaire pour en connaître le sens précis ou l’orthographe. Il m’est arrivé aussi, en repensant à un cours, ou en corrigeant des copies, de m’apercevoir que j’avais dit une ânerie : je m’en suis expliquée au cours suivant, maudissant ma distraction qui les avait « enduits d’horreur ».

Quant au premier cours de l’année…

C’est vrai qu’on en fait tout un plat… et je ne veux pas minimiser son importance… juste la relativiser !

Le prof a souvent l’impression que « tout est joué » dans la première heure, qu’il lui faut donc être super-bon dans cette première heure, de crainte de « ramer » toute l’année. En fait, ce sont surtout ses craintes personnelles qui s’expriment ici, beaucoup plus que la réalité. Et la pression qu’il se met risque fort… de lui faire commettre la bourde redoutée !

Non, tout n’est pas joué à la fin de la première heure. Heureusement ! Et, au fil des ans, l’importance de cette première heure diminue… presque jusqu’à disparaître ! Par contre, si on s’est « trompé de rôle » (en jouant le « prof copain » ou le « prof sévère », alors que ce n’est pas le rôle qui convient), il y aura un malaise lorsqu’on retrouvera un rôle plus « juste » : il faudra aux élèves le temps de l’adaptation…

C’est quoi, un rôle « plus juste » ? Ben… celui qui vous convient le mieux ! En fonction de votre caractère, de vos goûts, de vos envies, de votre vision du métier ! Il n’y a pas de « prof parfait », de même qu’il n’y a pas de « pédagogie parfaite » : à chacun de trouver… chaussure à son pied ! (les chaussures des autres vous allant rarement…)

Quant à la gestion d’une classe, je l’ai déjà dit, c’est un travail difficile, qui demande beaucoup d’être à l’écoute. Là encore, pas de recette miracle : celle qui marche avec le collègue peut ne pas marcher avec vous, celle qui marche dans une classe peut être totalement inefficace dans une autre, celle qui a si bien marché depuis un mois avec telle classe peut très bien tomber à plat un jour…

Personnellement, quand je sens un problème « de classe », j’essaie le dialogue avec la classe. Éventuellement, avec quelques élèves que je pense susceptibles de m’éclairer. Si cela ne donne rien, j’essaie d’en parler avec des collègues, avec le professeur principal. Voire avec la principale ou l’adjointe. Il m’est ainsi arrivé de faire des « mises au point » avec l’aide de l’un ou de l’autre. Le prof principal ou la principale a commencé à s’adresser à la classe pour que les élèves exposent le (ou les) « problème(s) », puis j’ai répondu. Les 2 fois auxquelles je pense, il s’agissait d’une mauvaise interprétation de la part des élèves, et la situation s’est rétablie assez vite.

Je n’ai jamais (touchons du bois !) eu de problème de gestion de classe dans le sens de chahut, ou autres choses analogues. Par contre, j’ai eu 3 ou 4 classes dans ma « carrière » avec lesquelles je n’ai pu établir de « contact » : nous sommes restés « étrangers »… C’est difficile à vivre… et je n’ai pas trouvé de recette miracle ! Quant aux « zozos » qu’on trouve un peu dans toutes les classes… ils sont par définition imprévisibles ! Et peuvent très bien ficher le bazar pendant toute une semaine… et fournir un travail, une participation, satisfaisants pendant une heure (ou une demi-heure, n’exagérons rien !). Eux sont difficiles à gérer, mais ne reflètent pas la classe…

Encore une fois, le travail sur soi (qu’est-ce que je veux ? de quoi ai-je peur ? qu’est-ce que j’attends de mon métier ? de mes élèves ?) aide beaucoup à prendre ses distances avec les aléas du métier. Et le fait de se souvenir qu’on n’est pas seul.

Bon courage aux futurs profs ! C’est un si beau métier !

La preuve ? Je vais la semaine prochaine dans le Nord, au mariage d’une élève que j’ai eue en 79-80 ! C’est pas beau, la vie de prof ?

Brevet blanc… et blanc brevet !

vendredi, mai 15th, 2009

Prise d’un énorme courage aujourd’hui, j’ai attaqué les questions de brevet… et les ai vaincues, je suis heureuse de le dire !

Souvent, quand je corrige un contrôle, aux premières mauvaises copies, je me dis  » Mais c’est pas possible ! Il/Elle n’a rien compris/rien appris ! ».

Si les mauvaises copies s’accumulent, je finis immanquablement par me dire : « Mais je suis nulle ! Ils n’ont rien compris ! ».

L’avantage, avec ce brevet blanc, c’est qu’on n’a pas forcément les copies de ses élèves (d’habitude, on n’en a même aucune, on a les copies d’une autre classe ; cette-fois-ci, c’est mélangé… il y en a des 6 classes).

Si bien qu’à la ixième mauvaise copie, me voilà toute ragaillardie :

Mes collègues sont aussi nuls que moi !

Ça fait du bien de le savoir !

Ceci dit, j’aurais bien aimé que les copies de mes élèves reflètent un peu mieux le travail fait en classe ! Ne pas trouver, par exemple, comme réponse à la question « Comment l’adverbe « hargneusement » est-il formé ? » : « L’adverbe « hargneusement » est formé pour la phrase en disant que Françoise en a marre d’entendre Bonne-maman (…) » ! Alors qu’on a passé je ne sais combien de temps, au premier trimestre, à décomposer les mots en préfixes, radicaux et suffixes ! Et qu’on a revu ces notions plusieurs fois depuis janvier !

La deuxième question demandait d’étudier « la longueur des phrases et la ponctuation » sur 2 lignes et demie ; on attendait comme réponse : des phrases courtes et des points de suspension. Eh bien ! Le nombre d’élèves qui ont indiqué « trois petits points« , comme s’ils n’avaient jamais entendu parler de « points de suspension » ! Il y en a un qui « ne se mouille » pas : il écrit « il y a que des « … ». » ! Et un autre : « C’est de l’impératif qui revient à chaque phrase qui sont séparée par des pointillés (…) » ! (orthographe respectée)

Bon, je sais, la plupart feront beaucoup mieux au brevet… C’est un « galop d’essai », dans des conditions qui ne sont pas celles de la classe, ça déstabilise…

Mais ça déstabilise aussi le prof, qui croyait naïvement qu’un certain nombre de notions étaient acquises ! Dé-fi-ni-ti-ve-ment !

Quelques fois, je rêve… On mettrait la copie dans le scanner… et un logiciel la corrigerait !

Ça n’améliorerait pas les résultats, certes ! Mais au moins, le prof n’aurait plus sous le nez ses propres insuffisances !

Revues pour profs

mardi, mai 12th, 2009

Tiens, aujourd’hui, je vais vous parler de notre « presse spécialisée », j’entends : les revues pédagogiques.

Lors de ma formation d’institutrice, j’ai bien sûr découvert ces revues et fascicules regorgeant d’activités diverses. Une fois maître auxiliaire en collège, ce sont les revues consacrées à l’enseignement du français en collège que j’ai commencé à collectionner.

Bien m’en a pris : un prof de fac, en année de licence, nous a donné des travaux à faire en groupes. Et j’ai choisi « l’enseignement du français à travers les revues pédagogiques » !

Qu’attendait exactement ce professeur ? Je ne l’ai jamais su : il a « disparu » très vite… après nous avoir fait acheter le livre qu’il avait écrit sur la langue française ! Comme nous avions, pour ce cours, à valider 50% par le contrôle continu (donc, notre travail de groupe) et 50% par examen… et que nous n’avions aucune idée de ce qui pouvait nous être demandé à l’examen, vu le peu de cours que nous avions eus, c’était un peu la panique !

Les travaux ont été rendus au secrétariat aux dates fixées… et le prof a ressurgi à la fin de l’année pour nous donner nos notes (mais pas pour nous rendre nos travaux !). Il avait trouvé le moyen de calmer nos angoisses (et la colère qui allait avec) : si je me souviens bien, notre groupe a eu 19/20 !

N’empêche, j’aurais bien aimé le récupérer, ce travail ! J’ai même caressé un temps le projet d’en faire la réclamation écrite… mais ne l’ai jamais osé…

Le dossier comportait une centaine de pages : des documents, certes, mais pas mal de pages manuscrites, étudiant consciencieusement les revues pédagogiques…

Bref, j’ai vite compris que ces revues pouvaient être d’une aide précieuse. Et j’ai découvert, cette année-là, les Cahiers Pédagogiques, d’une visée plus générale, mais fort intéressants. C’est d’ailleurs l’un d’eux qui m’a appris à utiliser un certain nombre d’abréviations dans la correction de copies. Et aussi, ce petit détail : demander aux élèves de tracer une marge à droite de leur copie, réservée à mes corrections (celle de gauche étant pour les corrections des élèves).

Vous ne voyez pas l’intérêt de ce petit détail ? Eh bien… cela fait gagner du temps, donc rend moins pénible l’attaque du paquet de copies !

Car, il faut bien l’avouer : la correction des copies n’est pas vraiment un plaisir ! Et encore : en français, il nous arrive de tomber sur des rédactions intéressantes, des poèmes, des « nouvelles policières » ou fantastiques, ou… Mais, le plus souvent, la perspective d’un paquet de copies à corriger ne réjouit pas vraiment… Il peut être très agréable de faire des recherches pour préparer un cours, ou l’étude d’un livre ; de lancer une activité en classe, ou de « faire un cours »… Très rarement de corriger des copies…

Vous ne voyez toujours pas le rapport avec la marge à droite ? Eh bien, il est nettement plus rapide et plus « naturel », en lisant de gauche à droite, d’annoter à droite la ligne ou le paragraphe qu’on vient de lire ! C’est tout bête… Annoter à gauche revient à masquer de votre main la suite du travail. En notant à droite, vous avez toujours l’ensemble du travail sous les yeux.

Il y a beaucoup d’autres informations, conseils, études, dans les revues pédagogiques, bien sûr ! Mais ce genre de petit détail… qui d’autre qu’un prof pourrait vous le conseiller ?

Action… Réaction ?

dimanche, mai 10th, 2009

Quand je dis « ne jamais oublier qu’on a été enfant », ce n’est évidemment pas pour faire copain-copain avec les élèves. C’est pour relativiser leurs réactions (ou leurs non-réactions, d’ailleurs !). Même si le prof a été bon élève, sage et tout et tout, il a forcément eu des moments moins lumineux quand il était en classe, ou quand il avait un devoir à faire, une leçon à apprendre. Se souvenir de ces moments-là aide à mieux comprendre le comportement des élèves. Les rapports adulte-enfant (et particulièrement prof-élève) ont peut-être changé, mais le fond reste le même. « De mon temps », jamais un élève n’aurait osé dire à un prof : « j’aime bien (ou : « je n’aime pas ») votre jupe, votre tee-shirt… ». Mais, entre élèves, nous commentions largement la tenue de tel ou tel professeur !

J’en viens justement à la fin du message de la future prof (vous vous souvenez ? J’étais partie de son blog pour lui répondre…). Je cite :

« De même il faut être sacrément habile, ne pas dire n’importe quoi, réfléchir à ce qu’on dit tout en restant spontané. Par exemple, si un élève me demande en plein cours si je suis homosexuelle, comme dans le film… c’est idiot mais je crois que je ne saurais vraiment pas quoi dire ! Et sur ce coup, le François Marin du film a très bien réagi je trouve. De même avec la fille qui vient voir François Marin à la fin de l’heure. Il lui demande de s’excuser sincèrement, elle le fait, et avant de franchir la porte, elle lui dit qu’en fait, elle ne le pensait pas du tout. Pffff, bin moi, ça m’aurait bien énervée, ça m’aurait attristée même ! Je crois que si je deviens prof (ce dont j’ai extrêmement envie mais bon…), je pleurerai toutes les deux minutes. Ça doit être émotionnellement éprouvant d’être prof. C’est comme la petite Henriette qui vient voir François Marin à la fin de l’heure du dernier jour de cours… elle était carrément trop mignonne ! J’ai trouvé le prof un peu froid et maladroit avec elle d’ailleurs. Et puis l’autre fille qui lit Platon en 4ème, ça m’aurait fait de l’effet aussi ça ! J’aurais eu du mal à ne pas le montrer. »

Il est effectivement parfois difficile de répondre à un élève qui vous tient un propos surprenant. Difficile aussi, de ne pas rougir sous le coup de la surprise, ou de l’émotion. Quant aux larmes… mieux vaut apprendre à les maîtriser !

Encore une fois, je n’ai pas vu le film (ni n’ai l’intention de le voir). Mais l’exemple proposé me fait dire qu’il est nécessaire, avant tout, de « faire le tri » : l’élève a-t-il le « droit » de me poser cette question ? Si la question s’adresse au prof, oui. Si elle s’adresse à la personne, non.

Je ne me souviens pas qu’un élève m’ait demandé si j’étais homosexuelle, mais il m’est arrivé plusieurs fois d’être interrogée sur mes préférences politiques ou religieuses. Je n’ai jamais accepté de répondre à ce genre de questions. Pas seulement à cause du « droit », du « principe de laïcité » (que je trouve éminemment respectable !), ou par peur de protestations de parents. Non : mes options (et plus encore mes options quant à ma sexualité !) me sont personnelles, elles n’ont pas à apparaître sur la scène de la classe. Si j’en fais état, je franchis une limite entre mon rôle et ma personne, et je peux alors m’attendre à d’autres questionnements, plus inquisiteurs.

Car les élèves sont curieux de la vie des profs, et c’est bien normal ! Ils questionnent, ils provoquent, ils veulent « tout savoir »… et, quand ils ne savent pas… ils inventent !

Je me souviens que, dans mon collège du Nord, une année, un collègue était arrivé, portant le même patronyme que moi… J’ai appris par la suite que les élèves nous avaient « mariés » sans problèmes !

Dernière chose : les enfants, et les ados plus particulièrement, se cherchent, cherchent des adultes « de référence ». D’où leurs provocs et leurs questionnements indiscrets. Mais, au fond d’eux-mêmes, malgré leur envie affichée d’être « copain » avec le prof, ce qu’ils veulent avant tout, c’est que le prof soit un adulte. Droit dans ses bottes ! Ils ne veulent surtout pas trouver en face d’eux les mêmes incertitudes, les mêmes hésitations, les mêmes peurs. Et ils ne le supportent pas !

J’ai déjà dit qu’un prof dépressif, par exemple, se faisait vite déborder, voire chahuter. C’est que les élèves se trouvent alors dans un état d’insécurité qu’ils ne supportent pas. Ils vont tout faire pour « faire craquer » le prof. Non parce qu’ils sont « méchants », mais parce qu’ils n’ont pas confiance, que cet adulte leur fait peur, leur renvoie une image de l’adulte qu’ils ne veulent pas connaître.

Il m’est arrivé d’être dépressive… Mais jamais d’être chahutée (vite ! je touche du bois !!!). C’est que ma dépression, je l’accrochais au porte-manteau en arrivant au collège, pour enfiler ma tenue de prof. Mieux : c’est le plus souvent grâce à mon métier que j’ai « tenu le coup », même si ma vie personnelle était alors difficile.

Alors, difficile, ce métier ?

Oui… mais tellement enrichissant (et je ne parle pas – qui l’eût cru ? – de l’aspect financier) !!!

On n’est pas seul !

vendredi, mai 8th, 2009

J’ai donné un jour à des 4èmes, avec lesquels je travaillais sur l’autobiographie, un sujet de devoir : ils devaient résumer rapidement 4 épisodes de leur vie, et terminer par une sorte de « bilan » et/ou des rêves d’avenir.

Voici le premier paragraphe du devoir d’un élève :

« Je ne suis pas né et déjà commence la lutte pour survivre. Nous sommes deux dans le ventre de maman. Deux, chacun son sac, tout est noir. C’est petit un ventre quand on est deux dedans. Tiens, un coup de pied… tiens, un coup de poing. A la sortie, « j’ai gagné », je suis seul dans mon lit mais je le cherche encore. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce début m’a surprise ! D’autant que cet élève ne brillait pas par son style ni par son travail… Je ne sais plus pour quelle raison le devoir avait été fait à la maison, mais je ne l’ai pas noté, pensant qu’il avait copié ce texte quelque part…

On avait bien vu en classe un extrait d’autobiographie qui commençait par une évocation de la vie intra-utérine… mais c’était bien la première fois qu’un élève l’évoquait !

Cela m’a suffisamment troublée pour que je montre le devoir à des collègues. Bien m’en a pris, ô combien !

D’abord, j’ai appris que cet élève avait eu un jumeau, mort à la naissance (et il avait un frère et une sœur jumeaux, beaucoup plus jeunes que lui) !!!

Ensuite, une collègue, qui avait des jumelles, m’a expliqué que l’une d’elles, plus « gros bébé » (très relativement !) que l’autre à la naissance, ressentait, à 13 ou 14 ans, une certaine « culpabilité » vis-à-vis de sa sœur, comme si elle lui avait « volé » sa part… La collègue avait longuement expliqué à ses filles que c’était elle « la responsable », du fait de l’étroitesse de son bassin…

Paragraphe copié ? Même s’il l’avait été, il était désormais évident que l’élève avait retranscrit sa propre souffrance, et qu’il se sentait coupable d’avoir « tué » son jumeau… La fin de son devoir était d’ailleurs un « rachat » : l’élève s’imaginait à 40 ans, attendant l’accouchement de sa femme… « Une infirmière sort de la salle, s’avance vers moi : « M. D., vous avez 2 jumeaux, 2 filles et 2 garçons »« .

Un bref entretien avec l’élève en question s’imposait. Bref, parce que je n’étais pas à l’aise du tout de lui parler de choses aussi intimes. Ma collègue m’avait donné le « fil » de mon propos, mais je ne me sentais pas du tout capable de « broder » autour ! D’un autre côté, c’est dans un devoir, que l’élève avait écrit ces lignes. Pas dans un journal intime ou une lettre personnelle. Il attendait donc quelque chose de moi, lectrice et correctrice. Au minimum, sans doute, que je prenne conscience de son fardeau.

J’ai donc vu l’élève, l’ai félicité pour son travail, lui ai expliqué pourquoi je ne pouvais pas le noter, et lui ai dit que, bien sûr, c’était à cause de l’étroitesse de l’utérus de sa mère (c’était sa première grossesse) que son jumeau n’avait pas vécu…

Je ne sais s’il s’en souvient, mais ce fut pour moi un de mes plus difficiles entretiens !

Pourquoi je vous raconte ça ?

Pour vous montrer que l’inattendu surgit parfois, et qu’il nécessite une réponse adaptée. Pour dire surtout aux « futurs profs » qui me font l’honneur de me lire de ne pas craindre de demander l’avis de collègues. Pas seulement parce qu’on débute, mais parce qu’une autre personne peut avoir une meilleure compréhension de la situation, et trouver une réponse mieux adaptée.

Bien sûr, au fil du temps, on apprend à sélectionner les collègues à qui s’adresser : il y en a dont la façon de penser est trop différente de la sienne propre pour pouvoir être « éclairants ».

Et même, si vous avez de la chance, votre chef d’établissement pourra peut-être vous éclairer sur tel cas, vous conseiller, rencontrer élève ou parents…

Oui, encore une fois, c’est un métier difficile !

Mais… on n’est pas seul !