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Rencontrer l’Autre (notes de lecture)

mardi, avril 5th, 2011

Il arrive parfois, au hasard de mes lectures, qu’un lien plus ou moins ténu se glisse entre un livre et un autre. C’est le cas des 3 romans lus dernièrement qui parlent d’une rencontre (plus ou moins improbable) avec l’Autre…

Il ne s’agit pas ici d’un Autre Extra-terrestre, ni d’un Autre qui deviendra l’Unique et l’Amour d’une vie (encore que…), mais d’un Autre Différent de par sa manière de vivre ou son essence même.

Comme moi, vous avez sans doute, à certains moments de votre vie, croisé un monde que vous n’imaginiez pas, qui vous était totalement étranger, bien que vivant pas très loin de vous. Pour déstabilisantes qu’elles soient, ces rencontres, à mon sens, sont généralement très enrichissantes, car elles remettent en cause tout un tas de préjugés bien enfouis qui nous font considérer certaines choses comme « normales »… alors qu’elles ne le sont pas pour d’autres.

Revenons à mes romans :

* Le premier (dans l’ordre où je les ai lus) est Tea-bag, de Henning Mankell. Je connaissais surtout ses romans policiers, que j’aime beaucoup, et ai découvert sur une 4ème de couverture qu’il avait aussi écrit des romans « tout court ». J’ai lu récemment Les chaussures italiennes, que j’ai beaucoup aimé : une histoire plutôt lente, sur fond de forêts ou d’île entourée de glaces, qui met en scène un ancien chirurgien solitaire ; l’arrivée sur son île d’une femme et de son déambulateur va bouleverser son présent… mais aussi son passé…

Du coup, j’ai trouvé un autre roman de lui : Tea-Bag. Le personnage principal est un poète reconnu, absorbé par son écriture et la promotion de ses livres, et quelque peu soumis (quoique bien campé sur ses positions) aux relations plus ou moins conflictuelles qu’il entretient avec son amie, sa mère, son éditeur, son agent de change…

L’Autre qu’il va rencontrer, c’est l’Étrangère, Réfugiée, Clandestine… En fait, elles sont 3 : une Nigériane, une Russe, une Iranienne (cette dernière venue enfant avec sa famille, les autres venues seules, adultes et clandestines). Un ami du poète, vivant dans une région nettement plus défavorisée que Stockholm, se met en tête de lui faire animer des ateliers d’écriture où vont se retrouver ces trois jeunes femmes. Le poète découvre alors leurs histoires, leurs vies, leurs manières de vivre (de survivre…) et de penser, à mille lieues de ce qu’il connaît depuis toujours… Ces rencontres vont quelque peu bouleverser ses schémas…

* Le deuxième, c’est Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Roman par lettres. Surprise : le personnage principal est aussi un écrivain reconnu (en fait, une écrivaine) habitant Londres. On est en 1946.

L’Autre, qu’elle va rencontrer d’abord par lettres, puis « en vrai », ce sont quelques membres de cet improbable Cercle littéraire de Guernesey : vie essentiellement tournée vers la nature (pas d' »intellectuels » parmi eux…), passé lourd de 4 années d’occupation allemande. Elle se sent très vite à l’aise au milieu de ces gens et de ce paysage qui ne ressemblent à rien de ce qu’elle connaît… Et sa vie de jeune écrivaine londonienne bascule…

* Le troisième, c’est Vivement l’avenir, de Marie-Sabine Roger. Le premier personnage principal (il y en a deux, qui écrivent à la première personne en alternance – mais une alternance qui laisse le temps au lecteur de les connaître et de les suivre) est une jeune femme qui ne se fixe pas, préférant aller travailler ici ou là, peu importe le travail. Ici, elle est dans un poulailler industriel, et a trouvé une chambre à louer chez des particuliers.

L’Autre, c’est le frère de son propriétaire : un homme gravement handicapé de naissance, aux gestes imprécis, à l’équilibre précaire, à la parole rare et difficilement compréhensible, d’une laideur et d’une difformité incroyables… et qui rit beaucoup. Alex (notre « héroïne ») va s’attacher à cet homme, communiquer avec lui, d’autant que la maîtresse de maison envisage d’aller le perdre dans les bois… Elle va découvrir qu’il est loin d’être aussi idiot qu’on le croit, et va rencontrer deux jeunes hommes un peu paumés, qui entreront eux aussi en communication avec Gérard (le handicapé), en le traitant « normalement », sans préjugés…

Les trois romans m’ont beaucoup plu, mais j’ai une affection particulière pour le dernier… C’est tellement difficile de traiter « normalement » quelqu’un qui a un grave « déficit » intellectuel et/ou de langage… On a tellement tendance à se sentir « supérieur », à leur parler comme à des enfants…

Si je vous ai donné envie de lire un de ces romans, j’espère que vous me direz ce que vous en avez pensé…